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#10 — juin 2016

Les livres du mois
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Chers amis,

Lorsque j’ai décidé de publier en mai, pour le centenaire de sa naissance, une anthologie de textes et poèmes de Pierre Emmanuel, je savais plus ou moins d’avance que cette publication passerait presque inaperçue. D’ailleurs, son centenaire ne figurait même pas dans l’annuaire 2016 des Commémorations nationales, ni dans le numéro spécial de Télérama sur les grands poètes du XXème siècle - scandales contre lesquels s’est insurgé Michaël de Saint-Chéron dans La Croix, sur le site du CRIF et le Huffington Post… mais il fut bien le seul.

Quant à Alain Finkielkraut, il n’eut pas un mot, dans son discours de réception à l’Académie, pour le grand poète de la Résistance que fut Pierre Emmanuel. Celui-ci avait pourtant été le seul académicien à « démissionner » (un cas unique dans l’Histoire, qui n’a même pas pu être enregistré comme tel, puisque les Immortels ne démissionnent pas), en signe de protestation contre l’élection de l’ex-collaborationniste Félicien Marceau – au siège duquel Alain Finkielkraut succédait. Le philosophe s’est pourtant fait (à contre-courant, et à juste titre) le chantre inlassable d’une transmission de la mémoire de nos pères, et le contempteur du présentisme ambiant. Quelle belle occasion ratée ! C’est pourquoi je lui dédie aujourd’hui cette publication d’une anthologie de son confrère oublié…

Car Pierre Emmanuel, résistant contre le nazisme puis soutien indéfectible des Refuzniks dans les années 60, est un de nos « pères » dans la Liberté. Défenseur des droits des Algériens puis d’ATD Quart Monde et des sans-papiers, il est l’un de nos « pères » dans l’Egalité. Ennemi du racisme et de l’antisémitisme, soutien des boat people, il fut un modèle de Fraternité. Infréquentable pour les uns, parce qu’il dirigea plusieurs institutions culturelles (dont l’INA) à l’heure de la République gaullienne puis giscardienne, il n’en était pas moins considéré comme « trop à gauche » par ses pairs. Trop chrétien pour les uns, trop attiré par l’Inde ou par l’orphisme pour les autres… Il vécut l’épreuve d’être libre, et donc seul. Mais sa poésie transcende cette solitude dans une perspective initiatique. C’est pourquoi, avec Anne-Sophie Constant qui présente magnifiquement ce recueil, nous avons choisi de l’intituler La Seconde naissance, car Pierre Emmanuel n’a cessé de nous inviter à « l’immense labeur de naître ».
Il faut lire ces poèmes denses et fulgurants, extraits de Tombeau d’Orphée, de Tu, de Sophia, du Grand œuvre, il faut lire le texte Pour vivre ici où il témoigne de sa démarche, et qui nous ouvre un horizon inouï. Cette parole vive n’était plus disponible, elle est aujourd’hui à la portée de tous, au format de poche. Et, sans faire de bruit, elle changera des vies, j’en suis sûr.
 
Nourrir la vie dans la plus humble discrétion, c’est ce que firent les moines de Tibhirine, dont on vient de commémorer l’assassinat en mai 1996. Une foule de livres sont parus depuis vingt ans sur le sujet, certains excellents (dont la biographie du prieur Christian de Chergé par Christine Ray, que nous avons reprise en poche), d’autres moins bons… J’avoue qu’une certaine fascination pour les martyrs m’a toujours fait horreur : on oublie trop souvent que le martyr au sens propre est tout simplement un témoin, et essentiellement un témoin de vie – même si c’est au risque de la mort. C’est dans cet esprit qui va bien au-delà du sacrificiel que se situe le récit de Fadila Semaï paru en mai, L’ami parti devant, que m’avait vivement conseillé Annick de Souzenelle.
Fadila Semaï, originaire d’Algérie mais qui a vécu un parcours de journaliste française, dans l’audiovisuel et ailleurs, s’est un jour mis en tête de retrouver l’identité de ce mystérieux « Mohammed » dont tous les récits sur Tibhirine parlaient de manière très vague – un musulman qu’aurait connu Christian de Chergé pendant son service comme officier en pleine guerre d’Algérie. L’enquête est en soi passionnante, elle se lit comme un roman au bout duquel, après un dernier rebondissement, tout est dévoilé. Mais plus qu’une enquête, il s’agit là d’une quête, de la recherche d’un secret spirituel : celui de l’amitié profonde qui se noua entre un garde-champêtre musulman et un officier français, et qui bouleversa la vie de ce dernier, au point d’orienter plus tard toute sa vie de moine en fraternité profonde avec l’islam.

Au détour de ce livre bouleversant, on croise d’anciens amis soufis des moines de Tibhirine qui aideront à résoudre l’énigme : ce sont en fait les disciples de mon ami Khaled Bentounès, chef spirituel de la confrérie Alawiya de Mostaganem, dont les livres témoignent d’un islam initiatique et pacifique.

A lire donc, même à la plage entre deux romans – ce récit, tout aussi captivant mais bien réel, vous apportera une autre dimension.

Bel été à tous !

Jean Mouttapa
 
 
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