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Edito

La pluridisciplinarité doit être au centre de la recherche

« Les chirurgiens sont tellement spécialisés qu’on arrive au point où, avant d’ironiser sur les chirurgiens de l’oreille droite et les chirurgiens de l’oreille gauche, on doit d’abord vérifier qu’ils n’existent vraiment pas. »
Par ce bon mot, Atul Gawande, professeur à l'École de médecine de Harvard, pointe l’absurdité de la spécialisation à outrance : être spécialisé dans ce qui ne nécessite pas de spécialisation.

Récemment, Alain Minc s’est aussi ému de l’absence de penseurs globaux en économie. On pourrait aisément faire le même constat dans de nombreux autres domaines : la finance (d’aucuns ont vu dans la crise de 2008 une crise de l’ultraspécialisation où seuls quelques experts étaient réellement en mesure d’appréhender le risque des produits complexes comme les subprime), le droit mais aussi les arts ou les sports (particulièrement dans la formation des jeunes sportifs)…

Cette ultraspécialisation ne concerne plus seulement les praticiens, elle s’étend à la recherche. De plus en plus de chercheurs, en tout domaine, deviennent des micro-spécialistes.

Pourtant, les bienfaits de la transdisciplinarité en recherche fondamentale comme en recherche appliquée sont nombreux et variés. Dans un remarquable essai Range, David Epstein compile plusieurs centaines de pages d’anecdotes, d’études et de faits qui plaident pour le retour à une formation intellectuelle, artistique et sportive plus généraliste. Parmi ses nombreuses démonstrations et références, celle-ci est sans doute la plus synthétique : les Prix Nobel sont 22 fois plus susceptibles d'avoir des hobbies ou domaines d'études autres que leur discipline de nobélisation par rapport aux autres chercheurs.

Dans une autre étude de 15 années portant sur l’ensemble des brevets déposés par 32 000 équipes de chercheurs de plus de 800 organisations différentes, deux chercheurs espagnols ont aussi montré que plus un domaine de recherche est incertain (peu de brevets y sont réellement exploités), plus les équipes diversifiées comprenant au moins un chercheur ayant un domaine d’expertise autre que le domaine de recherche en question ont de chances de déposer un brevet qui sera exploité. A l’inverse, dans les domaines de recherche assez bien explorés (nombreux brevets déposés, nombreux brevets exploités), les équipes de spécialistes déposent plus de brevets et d’une utilité plus immédiate que les équipes diversifiées.

Ainsi, plus un univers est complexe et incertain, plus l’approche transversale serait fructueuse. Cela contrevient totalement à l’intuition de l’époque qui voudrait que la complexité justifie l’ultraspécialisation.

Car, tout tend pourtant à montrer que plus un système est complexe, moins il faudrait en être spécialiste monomaniaque pour le comprendre. La spécialisation aurait du sens dans un système connu, rigide et répétitif, pas dans un environnement inconnu, mouvant et aléatoire.

C’est pourquoi nous pensons qu’il serait bon que la recherche française revalorise l’avantage de l’outsider, la pensée latérale et la spécialisation tardive. Elle retrouverait une tradition pas si lointaine, la culture de l’honnête homme qui valorise la connaissance générale plutôt que le spécialisme, la hauteur de vue plutôt que le zoom.

A l’heure de la montée en puissance de l’IA, ce retour à la spécificité de l’intelligence humaine nous semblerait particulièrement pertinent.

C’est le souhait de l’Institut Droit & Croissance qui associe droit et économie pour mieux comprendre et développer la règle de droit grâce à six pôles de recherche transdisciplinaires et entre lesquels la coopération est encouragée.

Et c’est cette approche qui sera mise en valeur le 18 octobre prochain à l’occasion d’un colloque sur l’activisme actionnarial avec des intervenants juristes et économistes.

En attendant de vous voir le 18 octobre, je vous souhaite une bonne lecture !

Régis Bourgueil
Membre de Droit & Croissance
 

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