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Lettre d'information - Mai 2018
Cette lettre d'information mensuelle de l'Observatoire Boutros-Ghali vise à rendre compte de l’évolution des doctrines, des pratiques et débats sur les questions relatives au maintien de la paix, et à la participation des pays francophones à ces dernières.

N'hésitez pas à la partager autour de vous, en relayant ce courriel
ou le lien vers l'inscription à notre liste de diffusion.

En vous souhaitant une bonne lecture,
l'équipe de l'Observatoire Boutros-Ghali.
 
 

L'Observatoire entend rendre hommage à M. Boutros
Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général des Nations
unies et de la Francophonie, qui a très tôt œuvré
pour le renforcement du maintien de la paix et mis
en avant son caractère pluridimensionnel et évolutif.

Pour plus d’informations sur l’Observatoire, ses partenaires,
ses objectifs et ses activités, rendez-vous sur le site: www.observatoire-boutros-ghali.org
NOUVELLES DE L'OBSERVATOIRE

Conférence internationale francophone sur la prévention
des conflits et la sécurité humaine (Ottawa)

Le gouvernement canadien, l'Université d'Ottawa et l'Organisation internationale de la francophonie, ont organisé un évènement intitulé "Déclaration de Saint-Boniface 12 ans après" qui s'est tenu à Ottawa durant trois jours, du 9 au 11 mai 2018.

Les principes et dispositions de la Déclarations de Saint-Boniface ont jeté les bases d’un engagement plus renforcé de la Francophonie en faveur de sa participation active et actuelle aux débats dans les plus hautes instances multilatérales et régionales sur la prévention des conflits, le maintien et la consolidation de la paix, la protection des civils, ainsi que sur la sécurité humaine.

Les instances de la Francophonie se sont, tour à tour depuis 2006, saisies de ces questions en appelant au renforcement des capacités des Etats membres en vue accroître l’offre de personnels francophones civils, militaires et de police ; au développement partenarial avec des acteurs directs du maintien de la paix, notamment avec les Nations unies, ainsi que des organisations régionales ; à la conduite d’un plaidoyer régulier au sein des plus hautes instances internationales en faveur de la prise en compte de la protection des civils dans les mandats des opérations de maintien de la paix ; à la promotion du multilinguisme au sein des opérations de paix et de la participation des femmes et des jeunes dans les mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits

Michel Luntumbue, le coordinateur scientifique de l'Observatoire, s'est rendu sur place pour présenter les derniers travaux de l'Observatoire Boutros-Ghali pour le maintien de la paix, lequel est précisément destiné à renforcer le dialogue triangulaire entre les États francophones contributeurs, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies, avec pour ambition de favoriser la montée en puissance des contributions francophones dans les missions de paix mandatées par les Nations unies.

      


Séminaire sur les dilemmes de l'intervention 
internationale au Mali (Bruxelles)

L’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix, le Bureau de liaison des Nations unies pour la sécurité et la paix (UNLOPS), le Centre régional d’information des Nations unies pour l’Europe occidentale (UNRIC), et le Centre FrancoPaix de Montréal ont organisé le 15 mai 2018 à Bruxelles, un séminaire conjoint autour de la présentation du rapport "Les dilemmes de l’intervention internationale au Mali", par son auteur, le professeur Bruno Charbonneau, du Centre FrancoPaix de Montréal.




















Dr. Bruno Charbonneau - Dr. Michel Liégeois - Samuel Gahigi

Ce séminaire a réuni une trentaine de chercheurs et d'experts du domaine du maintien de la paix, des représentants diplomatiques des pays et organisations partenaires de l’Observatoire, ainsi que des pays qui jouent un rôle majeur au Mali ou au sein de la MINUSMA. Cet événement s'est tenu sous la règle de Chatham House (Chatham House Rule).

Les débats ont notamment mis en exergue la nécessité d'accorder la primauté à une solution politique globale qui répondrait aux différentes dimensions locales de la crise malienne (gouvernance, fractures sociales et communautaires, impact du changement climatiques et ses corollaires, etc. ) tout en prévenant un glissement de la réponse de la communauté internationale vers la seule thématique de la lutte contre le terrorisme-djihadiste.

Intervenants

  • Bruno Charbonneau, Professeur à l'Université Laurentienne
    et Directeur du Centre FrancoPaix (Montréal)
    Stabiliser le Mali : les défis de la résolution des conflits
     
  • S.E. Monsieur Sékou dit Gaoussou Cisse 
    Ambassadeur du Mali à Bruxelles
    État des lieux et évolution du contexte malien
     
  • S.E. Monsieur Angel Losada Fernandez 
    Représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel
    Le rôle de l’Union européenne au Mali
     
  • Samuel Gahigi
    Chef d’équipe pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel au DOMP
    Le rôle des Nations unies au Mali

Formation destinée aux cadres supérieurs
féminins de la Police (Dakar)

L’OIF a pris part le 9 mai 2018 à Dakar à la cérémonie d’ouverture du premier cours francophone sur l’introduction aux fonctions de commandement au sein des opérations de maintien de la paix. Cette formation est destinée aux cadres supérieurs féminins de la Police et regroupe 51 participantes issues de 18 pays, principalement d’Afrique francophone...

Ouverte par le ministre des Forces Armées du Sénégal, Augustin Senghor, cette formation est soutenue par le Canada et co-organisée par le Sénégal, les Nations unies, l’Union africaine et l’Organisation internationale de la Francophonie.

Elle vise comme objectif principal de faciliter la désignation de femmes officiers de police, remplissant les critères d’éligibilité, à des postes de commandement (cadres supérieurs) en tant que chefs de composantes police (P5 à D2) et de cadres intermédiaires (postes professionnels P3-P4) au sein des Opérations de maintien de la paix des Nations unies. Elle s’inscrit notamment dans la mise sur pied et le développement, par la Division de la Police du Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, d’un cadre de commandement de la police féminine des Nations unies – « UNPOL Female Command Cadre » – qui se propose d'identifier, de guider, de former et de préparer des femmes officiers supérieurs de police.

 « Ce séminaire francophone répond au besoin longtemps exprimé par la Francophonie de promouvoir et renforcer les capacités des femmes et de parvenir au plein respect de leurs droits, en tant qu’actrices de développement et vectrices de paix. Nous ne le dirons pas assez, les femmes continuent de subir, dans l’espace francophone comme partout dans le monde, les codes de conduite sociale dégradants et rétrogrades. Et c’est très souvent, aux dépens de l’exercice de leurs libertés fondamentales et des prérogatives des évolutions constructives de notre époque » – a affirmé Emile Tanawa, Directeur de l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation, représentant de la Francophonie au lancement de ce séminaire.



Un accent particulier sera mis sur l'amélioration des compétences professionnelles sur le leadership et sur l’efficacité personnelle adaptées aux besoins spécifiques des femmes policières dans le contexte du maintien de la paix. Le programme couvrira la conduite d'une composante policière diversifiée, la mise en œuvre du mandat de maintien de la paix, la compréhension des parties prenantes nationales et internationales, les partenariats et la coordination, l’incitation à la réussite, l’enrichissement par les différences individuelles et le développement stratégique de la carrière. Le Cours de formation couvrira également les méthodes permettant de préparer et réussir le processus d’entretien des Nations unies axé sur les compétences. Il offrira également un forum sur les différents besoins, priorités et défis rencontrés par les femmes et les hommes déployés dans les Opérations de maintien de la paix. Enfin, les participantes auront la possibilité de s'autoévaluer. Ce qui leur permettra d'explorer des possibilités de développement personnel et de se former grâce à des instructrices, des instructeurs et mentors spécialisé(e)s et expérimenté(s) dans le leadership des femmes dans la police et dans le maintien de la paix.

« C’est tout l’intérêt de cette action menée conjointement, et de toutes les autres activités qu’il est possible d’envisager avec des acteurs internationaux, qu’ils soient multilatéraux ou bilatéraux pour renforcer le vivier féminin francophone et de répondre de manière concrète à l’action de l’OIF en faveur du maintien de la paix » a conclu Emile Tanawa.

Ce séminaire qui s'est terminé le 14 mai a permis à 51 femmes francophones et francophiles d’envisager, avec beaucoup plus de connaissances, de compétences et de sérénité, le développement de leur future carrière au sein des opérations de maintien de la paix des Nations unies et à haut niveau décisionnel.


Nouvelle publication de l'Observatoire

Le renforcement du déploiement de Casques bleus féminins :
une longue et incertaine marche vers l’égalité des genres
Même si un chemin certain a été parcouru depuis une vingtaine d’années dans le cadre de l’agenda "Femmes, paix, sécurité", il convient de reconnaître que, jusqu’à ce jour, la compréhension des enjeux liés au déploiement de femmes dans les opérations de paix onusiennes varie significativement selon les acteurs et contribue à enrayer les efforts concrets en la matière en dépit des discours et des objectifs affichés par les plus hautes instances de l’Organisation et de multiples acteurs, étatiques ou non, s’intéressant à la problématique...

VEILLE INSTITUTIONNELLE

ONU

Focus sur "Action for Peace", l'Action pour le maintien de la paix
Le maintien de la paix se retrouve une fois de plus à la croisée des chemins et doit évoluer pour faire face aux nombreux défis auxquels il est confronté. A l’instar des cinq missions les plus importantes, qui constituent désormais « le cœur de métier de l’ONU », à savoir, la MONUSCO, la MINUAD, la MINUSS, la MINUSMA et la MINUSCA, les opérations de maintien de la paix rencontrent de multiples difficultés. Les ressources et le soutien politique nécessaires à l’accomplissement de leur mandat se sont révélés insuffisants. Ces cinq missions sont principalement confrontées à l’évolution de l’environnement dans lequel elles opèrent, les Casques bleus faisant face à des menaces complexes et asymétriques auxquelles ils ne sont pas préparés, et à leur incapacité à poursuivre des stratégies claires de résolution des conflits avec une tendance à s’orienter vers des opérations de « gestion des conflits ».

Partant de ce constat unanimement partagé, le Secrétaire général des Nations unies, M. António Gutteres, a annoncé le 28 mars dernier le lancement d’une nouvelle initiative appelée « Action pour le maintien de la paix » visant à remédier aux défis recensés. A cette fin, Antonio Guterres a formulé « six demandes immédiates » aux États membres de l’ONU. En premier lieu, il a appelé les membres du Conseil de sécurité au recentrage des OMP par la définition de mandats clairs et réalistes prévoyant les différentes étapes et les priorités. Il a ensuite demandé d’œuvrer en faveur de solutions politiques et du renforcement des partenariats avec les organisations régionales. M. Guterres a invité les pays hôtes à donner un plein consentement aux OMP et à coopérer activement avec elles. La cinquième demande s’adresse aux pays contributeurs de troupes qui se doivent d’améliorer la formation et la préparation (troupes mieux entraînées et équipées), y compris l’éthique des Casques bleus et des policiers dans un objectif de performance et afin d’en assurer une meilleure sécurité.

Cet axe de réforme fait l’objet de diverses initiatives portant sur la réorganisation des opérations physiques, comme la sûreté, la sécurité, le leadership et la performance, ainsi que sur l’arrêt de l’exploitation et des abus sexuels par les membres des Nations unies. Des actions sont également mises en place pour améliorer la formation préalable au déploiement et le contrôle des troupes pendant les missions, notamment via des évaluations et des analyses basées sur les « performances » des soldats de la paix.  En ce qui concerne la question des formations, le DOMP avait animé le 19 avril 2017, une réunion informelle qui a abouti à la définition d’un plan d’action concernant la réforme de la formation des contingents.  Pour finir, le Secrétaire général a demandé à ce que l’accent soit mis par les États sur les ressources humaines et financières nécessaires à la bonne réalisation des mandats. La question de l’adéquation entre les moyens et les objectifs se pose alors que certains États, au premier rang desquels les États-Unis, ont la volonté de réduire leur contribution financière au budget de l’ONU et que d’autres, sont réticents à exposer leurs troupes à des environnements difficiles et dangereux. On constate par ailleurs un écart croissant entre le nombre de personnels autorisés à être déployés dans les mission et ceux effectivement présents sur le terrain. Il semblerait donc que revenir à l’essentiel ne constitue pas un retour en arrière mais soit un prérequis pour assurer le succès des OMP à l’avenir : envoi de troupes de meilleure qualité, concentration sur les politiques et accompagnement de chaque effort par des stratégies et des objectifs concrets. La question reste alors de savoir si malgré les objectifs affichés et renouvelés de réforme du maintien de la paix, l’ONU va se donner les moyens de ses ambitions.

MINUSMA

Complexification des attaques portées contre les forces de la MINUSMA
Le 5 avril 2018, deux Casques bleus tchadiens ont été tués et dix autres blessés dans une attaque au mortier contre le camp de la MINUSMA à Aguelhok, dans la région de Kidal. Il ne s’agit pas de la première attaque de ce genre dans la région. Dernièrement, le 22 mars, cinq soldats français ont été blessés lors d'une attaque au mortier contre le camp de la MINUSMA de Kidal où résident également des membres de Barkhane. C'était le jour même de la visite du Premier ministre malien Soumeylou Boubeye Maïga. La mission des Nations Unies  fait face à une complexification des attaques qui sont de plus en plus sophistiquées avec un usage plus efficace notamment des armes lourdes comme le mortier. Au lendemain de cet événement, le 6 avril, une attaque perpétrée contre un véhicule de la MINUSMA a tué un casque bleu nigérien à Gao.

Le 14 avril 2018, les camps de la MINUSMA et de l’opération française Barkhane à Tombouctou ont été attaqués, coûtant la vie à un Casque bleu burkinabé et blessant sept Casques bleus, sept soldats français et deux civils maliens. Il s’agit de l’attaque la plus sévère contre la MINUSMA depuis son établissement et la troisième depuis le début du mois. Elle a été qualifiée d’attaque complexe de grande envergure "sans précédent" de par son mode opératoire et sa durée. En effet, pendant près de quatre heures, le camp de la MINUSMA a été la cible de tirs de roquette ou de mortiers, suivis d’échanges de tirs et de l’explosion d’un véhicule chargé d’explosifs à proximité du camp. Des véhicules étaient marqués d’emblèmes des Forces armées nationales maliennes (FAMas) et des Nations unies et plusieurs assaillants portaient des casques de couleur bleue et étaient munis de ceinture d’explosifs.

Le 18 avril, la situation sécuritaire de la MINUSMA a été l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Cette attaque est intervenue alors même qu’une revue stratégique était en cours pour améliorer la sécurité de la mission qui détient le record de Casques bleus tués en opération. Il a été convenu de la nécessité de renforcer leur sécurité grâce à un meilleur équipement et à de meilleures capacités, tel que déjà recommandé fin mars par le SG dans un rapport sur la situation au Mali. Alors que le Canada doit envoyer six hélicoptères au mois d’août, l’ONU a fait savoir son souhait de les voir déployés au Mali dès le mois de juin afin que leur arrivée coïncide avec le départ des appareils allemands.

MINUSCA

Formation aux enquêtes sur les crimes internationaux

Une formation, organisée en partenariat avec la MINUSCA et le PNUD, s’est déroulée du 16 avril au 4 mai à Bangui au profit des officiers de la Police judiciaire (OPJ) rattachés à la Cour pénale spéciale (CPS) afin de renforcer leurs compétences fondamentales relatives à la conduite des enquêtes des crimes internationaux.

La formation s’adressait respectivement à vingt OPJ sélectionnés pour être détachés à la CPS, à dix OPJ de réserve et à quatre formateurs des écoles de police et de gendarmerie. En outre, dix greffiers et secrétaires de la CPS ont suivi les trois premiers jours de la formation consacrés à la compréhension du contexte de la CPS. Six officiers de la police des Nations unies (UNPOL) y ont également participé et servi de facilitateurs à leurs partenaires nationaux. Le gouvernement centrafricain a confirmé sa volonté à poursuivre l’opérationnalisation de la CPS dont la finalité est d’en finir avec l’impunité.

Créée pour une durée de cinq ans renouvelable, la CPS est compétente pour enquêter, instruire et juger les violations graves des droits de l’homme et les violations graves du droit international commises sur le territoire centrafricain depuis le 1er janvier 2003. Son originalité est que tout en étant d’essence nationale, elle s’inspire du droit et des pratiques internationales et dispose d’un mécanisme de collaboration avec la cour pénale internationale (CPI).

Envoi de 450 Casques bleus par la Côte d’Ivoire
Le 25 avril, la Côte d’Ivoire a annoncé à l’ONU l’envoi de 450 Casques bleus en Centrafrique, sans préciser la date et le lieu de ce déploiement, pour faire partie de la MINUSCA. Un jour plus tôt, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadera, s’exprimant devant l’Assemblée générale de l’ONU, avait appelé au renforcement des effectifs de la MINUSCA par des contingents opérationnels et professionnels. À l’automne 2017 et alors que la situation sécuritaire se dégradait, le CS avait autorisé un renforcement de la force de l’ONU de 900 hommes. La MINUSCA compte actuellement plus de 12 000 personnels dont plus de 10 000 Casques bleus.

Interrogé à ce sujet, le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a affirmé qu’un certain nombre d’éléments étaient déployés ou en cours de déploiement en République centrafricaine, notamment en provenance du Rwanda. Il a cependant refusé de se prononcer sur la possibilité d’une intégration de Casques bleus russes au sein de la MINUSCA.

MINUJUSTH

Renouvellement d’un an du mandat de la MINUJUSTH
Le 10 avril, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2410 prorogeant le mandat de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) jusqu’au 15 avril 2019, tout en conservant le niveau actuel d’effectifs autorisé de 295 policiers et de 7 unités de police constituées (UPC), dont le nombre pourra être réduit à 5 UPC dans la période allant du 15 octobre 2018 au 15 avril 2019. Cette prorogation du mandat de la MINUJUSTH vise à aider le gouvernement haïtien « à renforcer les institutions de l’état de droit en Haïti, à appuyer et à développer encore la Police nationale d'Haïti, à suivre la situation en matière de droits de l'homme, à en rendre compte et à l'analyser ».

Le CS a par ailleurs endossé la stratégie de retrait de la MINUJUSTH sur deux ans présentée dans le rapport (S 2018/241) du Secrétaire général, assortie de onze objectifs visant à établir des bases solides pour assurer la stabilité politique, la sécurité et le développement à long terme en Haïti. Le Conseil a demandé au Secrétaire général d’établir, dans un rapport prévu le 1er Juin 2018, des dates et des indicateurs précis en vue de la réalisation des objectifs fixés et du transfert des tâches et responsabilités au gouvernement haïtien, en coordination avec l’équipe de pays des Nations unies. Le Conseil a affirmé son intention d'envisager le retrait de la MINUJUSTH et le passage à une présence des Nations unies autre qu'une opération de maintien de la paix à compter du 15 octobre 2019.

Début avril, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a décrit la MINUJUSTH comme « pleinement opérationnelle » dans la mise en œuvre de son mandat.  Il a présenté son mode opératoire comme étant conforme à l’esprit de la mission, c'est-à-dire marqué par une « empreinte légère et non intrusive ».  Il s’agit pour la MINUJUSTH de réaliser son mandat tout en assurant une « transition sans heurt » du maintien vers la pérennisation de la paix conformément aux réformes en cours aux Nations unies.

MONUSCO

Formation sur la sécurisation du processus électoral en RDC
Du 20 avril au 3 mai, la police des Nations unies (UNPOL), en collaboration avec la police nationale congolaise (PNC), a débuté une formation de deux semaines sur la sécurisation du processus électoral. 50 policiers congolais, dont 14 femmes ont été formés sur les renseignements généraux, l’éthique et la déontologie policière, la garde statique, le secourisme, le processus électoral, les gestes et techniques professionnels d’intervention ainsi que le maintien et rétablissement de l’ordre public. Les différents modules étaient dispensés par des experts de la MONUSCO, de la PNC et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
PUBLICATIONS

Greening peacekeeping : the environmental impact of UN peace
L'impact environnemental du maintien de la paix
Au début des années 2000, le déploiement de plusieurs opérations de grande échelle, caractérisées par l’ampleur de leurs personnels et infrastructures, a amené les Casques bleus à prendre en compte leur impact environnemental. En 2010, l’épidémie de choléra à Haïti, déclenchée par la mission des Nations unies dans le pays, a cruellement rappelé l’effet négatif que les opérations de paix peuvent avoir sur les communautés locales et l’environnement. Ce rapport examine donc l’empreinte environnementale des opérations de paix et la manière dont les institutions onusiennes se sont saisies du problème, notamment par le développement des politiques et stratégies environnementales, l’augmentation du nombre de personnel dédié à cette problématique et le développement de matériel de formation.

En particulier, il évalue les défis auxquels le DAM est confronté dans la mise en œuvre de sa stratégie pour l'environnement : inégale mise en œuvre par les missions, difficultés onusiennes à assurer le contrôle des missions et à évaluer leur performance, conception et fonctionnement des missions limitées par la culture organisationnelle de l’ONU et les préférences des États membres. Sur la base de cette évaluation, qui comprend un examen détaillé de la MINUSMA, les auteurs Lucile Maertens et Malkit Shoshan proposent une série de recommandations à court, moyen et long terme ; les recommandations à court terme préconisent la mise en œuvre complète de la nouvelle stratégie environnementale de l’ONU et la réalisation de ses objectifs. En conclusion du rapport, les opérations de paix devraient permettre d’améliorer la durabilité environnementale locale et renforcer la résilience et non pas l’inverse.
Voir également sur le même thème la note de Claire Kupper, "Vers une gestion responsable de l’environnement dans les opérations de paix" publiée en mars dernier sur le site de l’Observatoire.

UN Peacekeeping & host-state consent
Maintien de la paix et consentement de l’État hôte
Dans ce rapport, Sofía Sebastián et Aditi Gorur reprennent le thème du consentement de l’État hôte comme principe fondamental pour le déploiement d’une mission de la paix des Nations unies. Ils rappellent que dans la pratique, l’absence d’un véritable consentement constitue l’une des plus grandes menaces au succès des missions modernes de maintien de la paix : difficultés à remplir leur mandat, à jouer un rôle important dans les négociations politiques, à maintenir la sûreté et la sécurité des soldats de la paix ou à planifier une stratégie de sortie.

Leur rapport offre un cadre pour comprendre l'état du consentement de l'État hôte, lequel est défini grâce à trois éléments comme fort, faible ou compromis. Les auteurs précisent également que certaines des missions de la paix les plus difficiles aujourd’hui, dont la MONUSCO, entrent dans la catégorie du « consentement compromis ».  Ils décrivent ensuite les situations qui peuvent déclencher une détérioration du consentement et certaines des approches que les missions ont adoptées pour répondre aux entraves de l’État hôte dans la mise en œuvre du mandat. Pour finir, ils proposent des recommandations aux États membres, au Secrétariat et aux chefs de mission, pour promouvoir un consentement fort de l’État hôte avant le déploiement de la mission, dans les premiers mois après le déploiement et alors que le consentement commence à se détériorer.

Does Peacekeeping reduce violence ?
Le maintien de la paix contribue-t-il à réduction de la violence ?

Cette étude quantitative réalisée par Malte Brosig et Norman Sampijja évalue l’impact des missions de maintien de la paix sur la sécurité globale des pays dans lesquels elles opèrent. Les deux auteurs ont choisi de concentrer leurs recherches sur les déploiements ayant eu lieu sur le continent africain depuis le début des années 2000, qui marquent l’orientation des missions traditionnelles de maintien de la paix vers des missions de stabilisation. Leur constat de départ est le suivant : la majorité des études quantitatives évaluant l’efficacité des OMP mesure la réduction des conflits en comptant le nombre de décès liés au conflit dans le pays hôte.

Les auteurs de cette étude se propose de remédier à cette approche incomplète en présentant des données utilisant une compréhension plus large de la violence et de la paix. Ils appliquent ainsi onze indicateurs mesurant la sécurité de manière exhaustive dans le pays d’accueil des missions, dont le nombre de morts au combat, la violence contre les civils, les troubles intérieurs ainsi que la stabilité politique. Contrairement à la littérature quantitative existante, leur analyse montre que la violence persiste souvent malgré le déploiement de Casques bleus.

Malte Brosig & Norman Sampijja exposent que la variation des indicateurs selon les pays s’explique principalement par le type de mission de maintien de la paix et la qualité de la gouvernance de la sécurité. En effet, créer la paix dans un environnement violent (conflit armé continu) est une tâche moins aisée  qu’accompagner un pays dans lequel le conflit a pris fin suite à un accord de paix. En outre, une gouvernance de meilleure qualité entraîne une réduction de la violence. Ils relèvent également que des facteurs de moindre importance, dont la taille de l'aide publique au développement et les rentes tirées des ressources naturelles, peuvent également influencer le niveau de violence des pays dans lesquels les missions de maintien de la paix sont déployées.

Selon les auteurs, un haut degré d’aide publique au développement va positivement influencer le niveau de violence, démontrant l’importance d’une approche globale par l’ONU combinant des instruments sécuritaires militaires, comme les OMP, avec une assistance au développement. Par ailleurs, les pays tirant un large revenu des ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz et les minéraux présentent un haut niveau de violence et le déploiement d’OMP ne contribue pas à y remédier. L’étude conclue que les missions déployées dans des conflits continus ne semblent pas capables de réduire la violence avant une période de cinq ans.
 

Neighborhood Dynamics in UN Peacekeeping Operations, 1990-2017 
Dynamiques régionales et maintien de la paix des nations unies

Les auteurs de ce rapport constatent que ces dix dernières années, les opérations de paix ont plus que jamais auparavant connu la participation des pays voisins de l’État hôte d’une mission. Alors que moins de 3% de l’ensemble des troupes de maintien de la paix provenaient de voisins proches au début des années 1990, ce pourcentage a connu une augmentation significative à partir de 2008 pour atteindre 20 % en 2017. Or, selon Paul D. Willians et Thong Nguyen, le fait d’avoir des pays voisins parmi les pays contributeurs de troupes peut amener des avantages comme des défis. D’une part, ils argumentent que la proximité géographique peut rendre les voisins directement ou indirectement parties au conflit. D’autre part, les pays voisins ont une meilleure connaissance de l’État hôte et des dynamiques du conflit, un intérêt particulier à parvenir à une solution politique et à supporter des missions difficiles, notamment lorsque le conflit menace de s’étendre à leur territoire, et la possibilité de déployer rapidement des troupes.

Les auteurs de ce rapport rappellent qu’afin d’assurer le succès des OMP, les Nations unies ont récemment essayé d’augmenter le nombre de pays contributeurs et réorganisé le système de génération de force pour rendre les contingents plus efficaces sur le terrain, en choisissant les pays contributeurs les mieux préparés. Aujourd’hui, notent Paul D. Willians et Thong Nguyen, le débat persiste sur l’opportunité pour l’ONU d’augmenter le nombre de Casques bleus tirés de pays voisins à l’État hôte. En décembre 2017, alors que sept opérations ne disposaient pas de troupes issues de pays voisins à leur lieu de déploiement, quatre missions comptabilisaient plus de la moitié de leurs troupes issues de pays voisins (MINUSMA, MINUSCA, UNISFA et MINUK).

Mise en oeuvre de la résolution 1325 "Femmes, paix et sécurité" au Mali :
encore du chemin à faire

Dans le cadre d’une étude commanditée par le ministère suédois de la Défense, les auteurs évaluent la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité « dans le cadre de la MINUSMA au Mali. Eva Hagström Frisell et Helené Lackenbauer évaluent le succès de la mise en œuvre de la résolution 1325 au Mali via quatre étapes. Elles en concluent que malgré l’existence de plusieurs conditions préalables à une mise en œuvre réussie, de nombreuses actions doivent encore être soutenues pour en assurer la pleine efficacité. L’étude livrée indique que La MINUSMA doit améliorer l'équilibre entre les sexes parmi son personnel militaire, accroître la sensibilisation des troupes à la résolution 1325 dans le contexte malien, et intégrer les dispositions de protection et de participation des femmes à la planification et à la conduite des opérations militaires.

Les auteurs portent l’attention sur le fait que dans un contexte de détérioration de l’environnement sécuritaire, où les troupes de l’ONU sont devenues une cible majeure et sont fréquemment victimes d’attaques, la MINUSMA risque également de devenir une mission où l’effort de lutte contre le terrorisme va prévaloir sur toutes les autres dispositions prévues dans le mandat, dont la protection des femmes et des filles (jugée secondaire ou non pertinente). Ceci est exacerbé par le nombre limité de troupes, le manque de ressources nécessaires, le faible niveau de formation des troupes déployées par certaines nations, ainsi que le besoin de la composante militaire de prioriser le transport, les escortes, et la logistique. L’étude conclu, pour un plein respect de la résolution 0325 par la MINUSMA, de la nécessité de renforcer les capacités militaires de base de la mission et de faire en sorte que la résolution conserve sa position centrale - avec la protection des civils - dans le mandat de la MINUSMA.

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L’Organisation internationale de la Francophonie, le ministère de la Défense français, Affaires mondiales Canada et le ministère des Affaires étrangères belge ont conçu ensemble le projet dénommé « Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix ». Cet Observatoire constitue un cadre de discussion entre experts et personnalités francophones issus de pays contributeurs de personnel, et s’inscrit en cela dans un objectif de renforcement du dialogue triangulaire entre les États engagés dans le maintien de la paix, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies.

Il s’agit également d’accompagner les États francophones dans leurs démarches visant à mieux préparer leur engagement dans les Opérations de maintien de la Paix (OMP), en soutien du Secrétariat des Nations unies. L’Observatoire présentera à cette fin des propositions visant à faciliter l’engagement de ces États dans le maintien de la paix. Le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), basé à Bruxelles, a été chargé d’animer l’Observatoire, avec le soutien actif des partenaires impliqués dans le projet. La coordination scientifique et technique de l’observatoire bénéficie de l’appui de l’Université catholique de Louvain (Belgique) et du Réseau de recherche sur les opérations de Paix (ROP).


AVERTISSEMENT : Les propos énoncés dans les différentes publications ne sauraient engager la responsabilité des organismes pilotes de l’étude, pas plus qu’ils ne reflètent une prise de position officielle du ministère de la Défense français, de l’Organisation internationale de la Francophonie, des Affaires mondiales Canada ou du ministère des Affaires étrangères belge.